ARENE DE LA SOUMISSION

Prototype view, “RING OF SUBMISSION” “Le Maroc Contemporain” exhibition Institut du monde arabe, Paris, 2014

ARENE DE LA SOUMISSION

Installation
(machine frigorifique, ring de boxe, eau, cordages rouge et vert) work in progress, depuis 2009

Avec cette installation monumentale, Amine El Gotaibi a choisi se soumettre son propre corps glacé à la chaleur comme un acte de résistance, un appel au changement afin de recouvrer un état flexible, vivant, celui de l’eau liquide qui permet po- tentiellement une renaissance. Ce projet s’inscrit dans un contexte universel mu par des transformations mondiales (crises, guerres). Il fait tout particulièrement référence au contexte des pays arabes au seuil d’un changement tendant vers des voies démocratiques, ceci malgré les désagréments et les sacrifices qui accompagnent, trop souvent, ces évolutions. En effet, ces pays évoluent sous l’emprise d’une pratique politique archaïque qui fabrique, de par son essence même, ce qu’Amine El Gotaibi considère comme des « moules de reproduction pour le clonage humain ». Ainsi le modèle de la soumission et de l’allégeance devient dominant dans les sociétés touchées par cette « fièvre de mimétisme », éloignant l’homme de sa vraie nature d’être unique et éphémère.

Pour Amine El Gotaibi, la transformation du corps et de l’individu face aux évènements extérieurs est semblable à la fonte d’un glaçon, manifestation de la seule notion de temps palpable par l’être humain : la disparition. Le froid étant un combat perma- nent avec la chaleur, “Arène de la soumission” matérialise cette lutte par une machine frigorifique posée sur un ring de boxe grandeur nature, qui propulse à intervalle régulier un corps humain congelé, moulé sur les proportions de l’artiste lui-même en taille réelle. Plutôt que d’être debout et en pleine action, ce combattant est figé au sol, dans une posture passive, en état de soumission. Il n’a pas d’adversaire visible. Il ne fait que subir le contexte alentour.

Dans cette installation, l’eau se transforme sous les yeux des spectateurs de la matière solide à l’état liquide, tel un combat lent et silencieux. L’opération de programmation se répète ainsi à l’identique. Cependant, l’exactitude du système dépend du climat du lieu où l’installation est placée. C’est en effet la température ambiante et la chaleur collective des spectateurs qui permet d’accélérer ce changement de statut. Une fois rendu à l’état liquide, dispersé et insaisissable, les restes de ces corps en eau sont récupérés par la machine pour être frigorifiés à nouveau, puis rejetés sur le ring et dissous, encore et encore, dans un cycle ré- pétitif, potentiellement infini.

Les rouages de la machine en tant que procédé mécanique, ordonné et ordonnateur, symbolisent le principe d’un système ar- chaïque. Le véritable adversaire de ces corps de glace figés, c’est la machine elle-même. Elle ne porte pas de coups mais produit une manipulation totale : elle forme les corps, les expulse, les régénère, toujours selon le même modèle, un moule unique qui matérialise la standardisation inévitable des individus. L’interaction des spectateurs est envisagée comme un complice de cette soumission, mais a aussi comme objectif de créer un effet miroir : on peut faire subir autant que l’on subit, potentiellement bourreau et victime. Avec “Arène de la soumission”, Amine El Gotaibi a voulu donner forme à cette lutte contre les systèmes établis qui ne peut advenir dans le combat solitaire, mais seulement grâce à l’action commune de la chaleur humaine.

Un combat entre l’homme et la machine

Aventure artistique autant que prouesse technique, la machine et sa fabrication sont en elles-mêmes un combat pour l’artiste. Depuis 2009, Amine El Gotaibi s’est battu pour réaliser cette invention inédite : études, conception, développe- ment, essais... Soutenue en 2012 par une bourse d’aide à la production de l’AFAC (Arab Fund for Arts and Cultures), elle a été partiellement présentée à l’Institut du Monde Arabe en 2014.

Par manque de moyens et de temps alloués par l’institution, la première version de l’œuvre n’a jamais fonctionné, comme une naissance avortée, un combat perdu d’avance. Amine El Gotaibi souhaite repartir à l’assaut de sa machine, en utilisant les pièces qui peuvent être récupérées et en améliorant les points qui ont fait défaut.


Cette étape ultime aboutira à la version définitive d’“Arène de la soumission”, qu’Amine El Gotaibi envisage de parfaire d’un point de vue technique et esthétique, dont la haute qualité assurera sa pérennité dans le temps.

 
Etapes de la réalisation de
“ARENE DE LA SOUMISSION”
Fabrication de la machine frigorifique et du moule du corps de l’artiste
Tanger et résidence Playa Blanca
2012-2014
Moulage
Moulage
Moulage
Moulage
Préparation du moule
Atelier de fabrication
Atelier de fabrication
Atelier de fabrication
Atelier de fabrication
Atelier de fabrication
Atelier de fabrication
Atelier de fabrication
Atelier de fabrication
Atelier de fabrication
Atelier de fabrication
Montage
Ring de la soumission

© Amine El Gotaibi 2020

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Montage

Institut du monde arabe