SUN(W)HOLE_PIECE CRADLE 1

Sun(w)hole Piece of Cradle 1

Parc de sculptures de la Nirox Foundation, 

Afrique du Sud, 2020.

Elisa Ganivet

S’approprier des événements tragiques permet de mieux les détourner de leur essence. La force du geste créateur de l’artiste met en émoi et déstabilise grand nombre de nos a priori.

En ces terres d’Afrique du Sud, les stigmates de l’Apartheid sont évidents. Ils sont ravivés par l’état global d’un monde où la frontière poreuse géopolitique se transforme en un hermétisme tangible. La frontière devenue mur transgresse les principes d’altérité, de reconnaissance légitime entre les états voisins et cristallise un malaise territorial qui se répercute sur le corps social. L’oblitération excessive en dur ou non, accentue tour à tour la peur et le fantasme au sujet d’Autrui et en particulier sur l’axe Nord/Sud du continent. Amine El Gotaibi s’enquiert de ces réflexions avec son projet désenclavé Visite à Okavango, de traversée pluridisciplinaire de l’Afrique.

S’agissant du mur stricto-sensus géopolitique, l’artiste polémique Christophe Büchel proposa en 2018 à ce que les prototypes du Border Wall de Trump soient élevés au rang de monuments nationaux, et affirma que le président des Etats-Unis était le meilleur land artiste qu’il soit. Le cynisme a certes sa raison d’être dans le monde de l’art et continuera toujours à créer des émules.

Au prestigieux parc de sculptures de la Nirox Foundation, sur invitation de Marta Moriarty, Amine El Gotaibi prend le contre-pied de ce désenchantement. Il en amorce même une fascinante réponse par un art monumental symbolique. Ce premier mur inaugural Piece of cradle 1 mesure 15,3 mètres de long et 4 mètres de hauteur. La série des futurs 54 Sun(w)hole convoque un rapport spatio-temporel charnel avec la texture terre. C’est celle qui est originelle et commune au territoire de chaque pays africains où l’œuvre sera implantée. L’œuvre en terre pisé intrigue, pour y accéder une piste de quatre kilomètres a même été expressément créée. Perçue de loin, c’est une parabole qui peut être un rappel quant à notre vigilance citoyenne et environnementale. De près, l’objet-mur est ramené à un idéal transcendantal. Son élévation sur cette colline exerce en nous un effet d’apaisement. Après l’agitation vient le lâcher-prise car le mur est percé d’un trou en son milieu. Ainsi les rayons lumineux de l’aube et du coucher du soleil sont guidés et mis en valeur. Leur suivi nous renvoie à notre propre affranchissement. L’échappée libératoire n’a plus lieu d’être cachée mais au contraire révélée. El Gotaibi s’engage dans ce qui fait réellement sens. A l’instar de Beuys qui nous rappelait sagement que le mur de Berlin n’avait aucune espèce d’importance. Ce qui primait était le labeur de notre propre introspection entre l’Art et la Vie.

© Amine El Gotaibi 2020

  • Facebook amine el cotaibi
  • Twitter amine el gotaibi
  • Instagram - amine el gotaibi
MAQUITTE